Ce projet de diplôme était présenté en 1993 à l'École d'Architecture de Paris Conflans. À cette date, aucune grande agence internationale n'avait encore abordé sérieusement l'architecture lunaire dans le cadre d'une commande réelle. Les projets ci-dessous sont tous postérieurs. La convergence des conclusions est, disons-le, remarquable.

01
Lunar Base Expansion
Jesco von Puttkamer  ·  NASA — Étude prospective 1977
1977
Jesco von Puttkamer — Lunar Base Expansion, NASA 1977
Perspective — dôme géodésique, modules cylindriques, rovers lunaires · NASA 1977

Avant Foster, avant BIG, il y avait les ingénieurs de la NASA. En 1977, Jesco von Puttkamer, directeur de la planification à long terme au Marshall Space Flight Center, publie cette vision d'une base lunaire en expansion : dôme géodésique, modules cylindriques enterrés, pistes, rovers — l'ensemble des ingrédients qui reviendront trente ans plus tard dans tous les projets cités ici.

Ce dessin, extrait d'une étude NASA, est probablement la première représentation architecturale sérieuse d'une base lunaire permanente. Il figure dans l'ouvrage Lunar Bases and Space Activities of the 21st Century (W.W. Mendell, 1985) — que l'on retrouve dans la bibliographie du projet de diplôme de 1993.

AuteurJesco von Puttkamer — NASA
Date1977
ContextePost-Apollo — planification long terme
RéférenceMentionné dans la bibliographie du projet 1993
Précurseur directBibliographie 1993Dôme géodésique
02
Project Olympus
BIG — Bjarke Ingels Group + ICON  ·  NASA — Marshall Space Flight Center
2020
BIG + ICON — Project Olympus, NASA 2020 — vue d'ensemble
Vue d'ensemble — pistes d'atterrissage circulaires, habitat enterré · BIG + ICON + NASA 2020
BIG + ICON — Project Olympus — détail de la structure imprimée
Détail — coque imprimée en régolite, module pressurisé, sas d'entrée · © BIG + ICON

En 2020, le studio danois BIG de Bjarke Ingels s'associe à ICON et SEArch+ pour concevoir Project Olympus, mandaté par la NASA. L'objectif : un système de construction autonome capable d'imprimer habitats, pistes et routes à partir du régolite local.

L'habitat de 195 m² est imprimé par un robot sans intervention humaine. Les parois de deux mètres protègent des radiations et des micrométéorites. Bjarke Ingels parle de « formgiving » — donner forme à ce qui n'a pas encore de forme — comme défi architectural fondateur. NASA a renouvelé le contrat en 2023 jusqu'en 2028.

Surface habitable195 m²
FormeTore — parois 2m régolite
ConstructionRobot 3D autonome
Contrat NASAActif jusqu'en 2028
Lien ArtemisMMPACT — infrastructure surface
Pôle sudAutonomie robotiqueContrat NASA actif195 m² seulement
03
Lunar Habitation
Foster + Partners  ·  European Space Agency (ESA)
2013
Foster + Partners — Lunar Habitation, ESA 2013
Perspective — dôme caténaire imprimé en régolite · © ESA / Foster + Partners 2013

En 2013, l'agence de Norman Foster est mandatée par l'ESA pour explorer la construction lunaire par impression 3D. Le projet propose un habitat pour 4 personnes au pôle sud, dont la coque est imprimée en régolite par un robot autonome sur une structure gonflable préalablement déployée.

La forme est un dôme caténaire à structure cellulaire creuse — inspirée des os d'oiseaux. Xavier De Kestelier résume : « Notre habitation lunaire suit la même logique que notre travail en milieu extrême — exploiter les ressources locales. » Un prototype de 1,5 tonne a validé le concept en chambre à vide.

SitePôle sud — cratère Shackleton
Capacité4 personnes
StructureDôme caténaire — cellules osseuses
MatériauRégolite imprimé in situ
PrototypeBloc de 1,5 t validé
ClientESA + Monolite UK
Pôle sudRégolite in situRobot constructeur4 personnes seulement
04
Lunar Habitat Master Plan
Hassell Studio  ·  European Space Agency — Programme Discovery
2024
Hassell — Lunar Habitat Master Plan, ESA 2024 — vue générale
Vue générale — cluster de modules, panneaux solaires, Terre en arrière-plan · © Hassell + ESA 2024
Hassell — Lunar Habitat Master Plan — détail des connexions
Détail — connexions pressurisées entre modules, panneaux solaires dorés · © Hassell + ESA 2024

En janvier 2024, le studio australien Hassell présente à l'ESA un plan-masse pour une colonie de 144 personnes. C'est l'un des rares projets à aborder l'architecture lunaire à l'échelle d'un vrai établissement humain — non plus un module, mais une ville.

Les modules gonflables recouverts de régolite imprimé s'assemblent en réseau. Le programme inclut résidentiel, serres agricoles, restaurants et arènes sportives. La convergence avec le programme de 1993 — qualité de vie, programme complet, phasing — est frappante.

Capacité144 personnes
ModulesGonflables + régolite imprimé
ProgrammeRésidentiel, serres, sport, restauration
ClientESA — Programme Discovery
PrésentéESTEC, Pays-Bas, 2024
144 personnesProgramme completQualité de viePôle sud
05
Moon Village — Life Beyond Earth
SOM + MIT + ESA  ·  Biennale de Venise 2021
2021
SOM + MIT + ESA — Moon Village, Biennale de Venise 2021
Perspective nocturne — village lunaire, modules gonflables, Terre en arrière-plan · © SOM + MIT + ESA 2021

SOM présente à la 17e Biennale d'Architecture de Venise son concept de Village Lunaire en partenariat avec le MIT et l'ESA. Le projet se positionne comme « le premier établissement humain permanent sur la surface lunaire ».

L'approche repose sur des structures gonflables pressurisées pouvant être recouvertes de régolite. Le projet explore la gouvernance et l'organisation sociale d'une colonie lunaire — sujet rarement abordé ailleurs. La Biennale de Venise comme cadre souligne le changement de statut de l'architecture spatiale : ce n'est plus de la science-fiction.

StructureGonflables pressurisées
AngleUrbanisme + gouvernance
PartenairesMIT, ESA
CadreBiennale de Venise 2021
Urbanisme lunaireGouvernanceBiennale VeniseMoins de détails constructifs
06
Dômes géodésiques & pensée systémique
R. Buckminster Fuller  ·  Précurseur conceptuel — fondateur involontaire
1954–1970
R. Buckminster Fuller — Dôme géodésique, Biosphère de Montréal 1967
Biosphère de Montréal — Exposition universelle 1967 · Ø 76m · Référence directe de toute architecture spatiale

Avant tous les autres, Buckminster Fuller posait les fondations conceptuelles de toute architecture lunaire sans le savoir. Ses dômes géodésiques offrent le meilleur ratio résistance/poids connu — une enveloppe minimale pour un volume maximum, industrialisable à partir de matériaux locaux.

En 1967, le pavillon américain de Montréal est une sphère géodésique de 76 mètres. Sa pensée « faire plus avec moins » et son concept de « Spaceship Earth » anticipent directement les contraintes extraterrestres. Foster, BIG et Hassell en sont tous héritiers — conscients ou non.

Concept cléDôme géodésique — triangle
RatioMeilleur résistance/poids
RéférenceBiosphère Montréal 1967 — Ø 76m
HéritageStructure de référence spatiale
Fondateur conceptuelInfluence directeStructure optimaleNon spécifique lune

Ce que tout cela dit du projet de 1993

En parcourant ces projets, une évidence s'impose : les grandes conclusions architecturales sont toujours les mêmes. Pôle sud. Régolite comme matériau. Construction robotisée. Programme complet. Phasage progressif. Ce que la NASA dessinait en 1977, Foster en 2013, BIG en 2020, Hassell en 2024 — un diplôme parisien de 1993 l'avait déjà posé.

Ces agences ont travaillé avec des budgets considérables et des partenariats institutionnels. Elles sont parvenues aux mêmes conclusions. Ce qui distingue le projet de 1993, c'est la dimension habitée : les croquis intérieurs, les gestes lunaires, les jardins, la place publique, l'escalier repensé à 1/6g. L'ingénierie est nécessaire. L'architecture — celle qui s'interroge sur ce que c'est qu'habiter — est irremplaçable.